Qu’attendez vous à devenir architecte d’intérieur ? Il y en aura de plus en plus besoin…

Bonjour,

Une phrase qui me touche profondément et qui m’interpelle a été écrite par James Hillman, dans son éloge à la vieillesse, La force du caractère.

La voici :

Vieillir n’est pas un accident. C’est une nécessité propre à l’humaine condition, une intention de l’âme. Vieillir est inscrit dans notre organisme ; pourtant, curieusement, notre vie se prolonge bien au-delà de nos années fertiles, de nos capacités musculaires, de notre acuité sensorielle. Aussi devons nous faire preuve d’imagination pour entrer avec grâce dans la vieillesse et lui parler avec l’intelligence qu’elle mérite.

 

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Une vieillesse réussie, telle qu’elle est communément imaginée, n’est de loin la seule possible. Évidemment c’est celle que nous tous espérons d’atteindre. Celle ci est une projection du mythe de la jeunesse : rester jeune dans l’esprit, garder la forme, avoir des activités sociales, des bonnes relations familiales, être connecté, avoir un projet de vie, s’offrir des loisirs, voyager… Tout ce que la jeunesse projette sur la vieillesse, ce n’est que le reflet d’elle-même sur un corps deux ou trois fois plus âgé.

Avant d’aller plus loin, je souligne que je souhaite à tous et à toutes une vieillesse pareille ! Et faites tout ce qui est dans vos moyens pour y parvenir. Cependant, le tsunami démographique est à notre porte et c’est statistiquement certain que la population vieillit. Malheureusement, parallèlement à l’augmentation de l’espérance de vie il y a l’augmentation des maladies neurodégénératives, telles les démences. Nous serons presque tous directement ou indirectement confrontés à ces changements. C’est pour cela que je vous en parle. C’est pour ça que je pousse ma réflexion plus loin.

Que faire donc ?

De l’architecture d’intérieur !

Et beaucoup d’autres choses bien sûr. Sur le plan médical, social, humain, urbanistique, politique… mais comme vous qui lisez cette newsletter vous n’êtes pas à un congrès sur la gérontologie mais intéressés au développement personnel, je cherche de revenir sur mes pas.

Ah oui, de l’architecture d’intérieur !

Aménagez les espaces avec l’essentiel, avec ce qui vous parle, ce qui reflète qui vous êtes vraiment. Réduisez toutes les barrières architectoniques et les seuils trop hauts ; créez des passages harmonieux entre une pièce et une autre. Faites en sorte que votre espace intérieur soit accessible à vous-même en chacune de ses parties, en chaque recoin. Ne laissez pas des locaux fermés trop longtemps, sinon vous courez le risque de les oublier et d’oublier ce qu’il y a dedans. Aérez souvent, même l’hiver. Faites bonne équipe entre la lumière et l’ombre, pour créer des espaces dans les espaces ; évitez l’uniformité qui aplatit tout, à moins que cela pourrait vous être utile. Pensez aux fenêtres et au puits lumineux, laisser filtrer la lumière et la chaleur dont vous avez besoin et là où vous l’avez besoin. Certaines pièces seront très ensoleillées, d’autres plutôt sombres. Décorez selon votre inspiration, ne pensez pas aux autres. N’hésitez pas à inviter des amis et vos familiers à visiter votre espace, mais seulement là où vous avez envie… vous avez le droit de garder des espaces que pour vous, n’oubliez pas que c’est votre espace intérieur.

Oui, c’est de votre monde intérieur dont je vous parle ! Ce n’est pas votre appartement ou votre maison. C’est le monde de l’âme, des émotions, des sensations, des images, des symboles et des archétypes que vous habitez, qui vous habitent. Essayer de relire le paragraphe précédent conscient que vous êtes l’architecte d’intérieur de votre dimension intérieure.

La personne âgée que nous serons ou que nous sommes, ou que nous avons ou aurons proche de nous, gardera le plus longtemps ses émotions et ses sensations corporelles, mélangées avec les souvenirs de longue date. Le tout, plus sous l’emprise des paramètres mentaux (surtout en cas de démence). Les émotions risqueront donc d’être plus fréquemment inadéquates au contexte, et surgiront sans préavis, parfois nous surprenant, parfois nous dépassant, parfois nous émouvant. Nos émotions ainsi que nos sensations, nos états d’âme et nos images mentales ne seront plus sous le joug de la raison, du moi conscient et structuré qui faisait jadis de filtre entre nous et le monde qui nous entoure.

Ceci est pour moi un appel pour que nous, jeunes et moins jeunes, apprenions à nouveau à nous connecter avec nos émotions, à développer de l’empathie envers ce que nous sommes, puis envers les autres. La dimension intérieure est le lieu où siègent les émotions, les images, les archétypes. Pendant l’âge adulte, c’est le moi, la raison et les facultés cognitives à tout gérer (au moins c’est ce que nous croyons). Mais quand le moi quitte son poste, quand le chef n’est plus là, que se passe-t-il ? Qui dirige ? Ce n’est pas la vieillesse qui m’inquiète, c’est la distance entre notre moi, ce que nous croyons d’être, et notre dimension intérieure, notre Soi, ce que nous sommes vraiment. Avec l’âge et la maladie nous n’aurions pas le choix, la démission du moi et de ses auxiliaires nous laissera à la merci de la haute marée des émotions qui remonteront en surface. Et nous aurons de la chance si nous aurons quelqu’un qui nous comprendra, ou au moins qui nous entendra. C’est maintenant qu’il est encore temps d’aiguiser notre perception vers ce que jusqu’à présent nous était invisible et intangible. Ouvrir les yeux intérieurs. Sentir, toucher, goûter nos émotions. Faire l’expérience de ce que nous sommes. Quitter le moi pour rejoindre le Soi. C’est ici que nous devenons notre propre architecte d’intérieur. C’est maintenant que nous devons faire preuve d’imagination.

La vieillesse nous confronte avec nos craintes, mais elle a aussi beaucoup à nous apporter, que la maladie la touche ou pas. N’attendons pas demain pour commencer, c’est un long voyage, le voyage d’une vie. N’attendons pas que la vie nous appelle désespérément, écoutons ses mélodies déjà maintenant. Une prise de conscience plus ample, au-delà de temps et de l’espace, au-delà des constructions mentales qu’un jour peut-être nous n’aurons plus.

Et si nous commencions à sentir et à imaginer maintenant ?

Pensées répétées mille fois !